Résultats des élections nationales en pourcentage des inscrits

Avertissement : je suis tout sauf politologue. Dans ce qui suit les chiffres devraient être à peu près justes, mais les interprétations sont à prendre avec un semi-remorque de pincettes.

Le choc suite à l’arrivée du Front National en tête des européennes est bien compréhensible, mais il n’implique pas forcément qu’on soit obligé de raconter des âneries du genre “la préférence FN est le choix de près d’un quart des Français”.

Les résultats des élections sont toujours données en pourcentage des suffrages exprimés, mais on peut aussi les regarder de deux manières différentes : en nombre de voix, et en pourcentage des inscrits.

Nombre de voix

Le graphique suivant montre l’évolution du nombre de voix recueillies par le ou les candidats Front National lors des scrutins nationaux depuis 2002 (les législatives ont été exclues) :

center Cette courbe est loin de montrer une progression constante. Le maximum est atteint lors des présidentielles de 2012, les européennes de ce week-end représentent une baisse par rapport au nombre de voix obtenues à la présidentielle, et est également inférieur au nombre de suffrages obtenus par Le Pen au premier tour des présidentielles de 2002.

Évidemment, si on compare avec les autres élections européennes, la progression est frappante. Pour autant il s’agit bien plus probablement d’une mobilisation beaucoup plus forte de l’électorat FN pour les européennes de 2014 par rapport aux précédentes que de l’arrivée massive de nouveaux électeurs d’extrême-droite.

Pourcentage des inscrits

Plutôt que de comparer les pourcentages de voix sur les suffrages exprimés (qui ne prennent donc pas en compte l’abstention), on peut aussi regarder les pourcentages sur les inscrits. Ceci revient à considérer l’abstention comme une expression (et pas seulement comme une valeur manquante négligeable).

Le graphique suivant indique les pourcentages de voix sur les inscrits obtenus par le FN, le PS et l’UMP depuis 2002 :

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Là aussi, l’idée de “l’explosion” d’un vote FN reste à nuancer. Il y a certes une progression, mais elle n’est pas spécialement régulière ni aussi spectaculaire qu’on pourrait parfois le penser. L’extrême-droite réunit 10,3% des suffrages des inscrits, contre 14% lors de la présidentielle de 2012 par exemple. Cela représente effectivement quatre fois plus que les 2,5% obtenus pour les dernières européennes, mais ce dernier score était particulièrement faible.

Forte mobilisation de l’électorat FN donc, mais si celui-ci est arrivé en tête de ces européennes, c’est évidemment grâce aux scores extrêmement bas du PS et de l’UMP. Le score des deux partis est très faible, quelle que soit l’élection à laquelle on le compare (le score de l’UMP aux européennes de 2004 est en partie faussé par la présence à l’époque d’une liste UDF).

Et donc ?

Le FN est donc en progression, et c’est suffisamment grave pour ne pas être minimisé. Plus grave encore, ses idées se banalisent et se diffusent toujours plus facilement dans une grande part de l’offre politique nationale.

Son arrivée en tête des européennes doit cependant surtout à une très forte mobilisation de son électorat pour ce type d’élection et à un score particulièrement faibles du PS et de l’UMP qu’à un afflux massif de nouveaux électeurs, puisque le nombre de voix obtenu est inférieur à celui des présidentielles de 2012.

Et dans tous les cas, il est parfaitement faux de considérer que “la préférence FN est le choix de près d’un quart des Français” : seuls 10% des électeurs inscrits ont effectivement voté Front National, et ce chiffre descend même à 9.2% si on prend en compte l’ensemble des français de plus de 18 ans.